Flash-back

L'affaire de l'Altalena (22 juin 1948)

Vendredi 1 juin 2018 par Tarbout
Publié dans Regards n°884 (1024)

Tsahal, l’armée de défense d’Israël, est créée le 26 mai 1948 sur ordre de David Ben Gourion, Premier ministre et ministre de la Défense de l’Etat d’Israël. Il s’agit pour ce dernier de fondre les milices juives combattantes du Yishouv en une armée régulière dépolitisée et entièrement soumise à l’autorité étatique.

 

Si la Haganah et le Palmach ne posent pas de problèmes, l’intégration des milices de la droite nationaliste constitue en revanche une véritable gageure pour Ben Gourion. Les ultra-nationalistes du Lehi ne veulent rien entendre et continuent d’agir en électrons libres. Quant à l’Irgoun, le bras armé de la droite révisionniste de Menahem Begin, il pose de nombreuses conditions que Ben Gourion refuse en bloc. Le « Vieux » soupçonne Begin de préparer un coup de force. « Il n’y aura pas deux Etats, il n’y aura pas deux armées. Begin ne fera pas ce qui lui plaît », déclare Ben Gourion lors d’un conseil des ministres réuni le 20 juin 1948, au plus fort de la guerre d’Indépendance et face à l’offensive des armées arabes.

L’épisode de l’Altalena, ce navire parti de Port-de-Bouc (France) avec 900 hommes et une cargaison d’armes et de munitions destinée aux unités de l’Irgoun, sera précisément l’occasion pour Ben Gourion de traduire sa détermination implacable d’unifier toutes les forces juives d’Israël. Face au refus de Begin de remettre l’intégralité de la cargaison à Tsahal, Ben Gourion ne dissimule pas sa ferme intention d’imposer son autorité par la force : « Agir, cela veut dire tirer ».

Après avoir tenté dans la nuit du 20 au 21 juin de débarquer les hommes et la cargaison à Kvar Vitkin où il a essuyé des tirs des soldats de Tsahal, l’Altalena met le cap sur Tel-Aviv. L’épilogue de cette affaire se joue alors le 22 juin. Accroché à un récif, le navire est coincé à une centaine de mètres du rivage. Ben Gourion convoque alors en urgence le conseil des ministres pour décider de recourir à la force armée si l’Irgoun ne se soumet pas. Il obtient le vote à l’arraché (six voix contre quatre).

Après des heures de négociation sans résultat, Ben Gourion donne l’ordre de tirer au canon pour couler l’Altalena. Le commandant de l’unité issue du Palmach chargée de tirer n’est autre qu’un jeune officier nommé Yitzhak Rabin. Touché de plein fouet par le tir de canon, le bateau prend feu et son capitaine hisse le drapeau blanc de la reddition.

A travers cet acte fratricide, Ben Gourion signifie brutalement que seul l’Etat a le monopole de la force. En dépit des critiques qui lui seront adressées jusqu’à sa mort, il assumera son geste jusqu’au bout et n’exprimera aucun regret quant à ces mots prononcés en conseil des ministres dans la soirée du 22 juin : « Béni soit le canon qui a bombardé ce bateau ». 


 
 

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  • Par Daniel Donner - 24/06/2018 - 11:20

    Un peu court comme resume. Rien des pretextes pour couler le bateau alors qu'Israel avait tant besoin d'armes. Rien des appels au calme de Begin pour eviter la guerre civile. Etc. Aujourd'hui en Israel, on sait presenter les faits meme a gauche en evitant la diabolisation.
    Dommage.