L'initiative de Genève n'est pas enterrée

Mercredi 17 novembre 2004

 

Pour Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France et professeur d'Histoire à l'Université de Tel-Aviv, l'initiative de Genève est le modèle de règlement du conflit le plus convaincant. En revanche, son application est impossible aujourd'hui à cause de blocages politiques insurmontables.

Un an après son lancement officiel, quelle est la portée de l'initiative de Genève élaborée par Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo? Elle a joué un rôle considérable sur les opinions publiques mais aussi sur le gouvernement israélien en le contraignant à prendre l'initiative du plan de désengagement. Cela dit, lorsqu'une mesure gouvernementale de ce type intervient, l'initiative de Genève est mise en veilleuse. Le gouvernement a mis sur la table un plan de retrait, bénéficiant du soutien d'une majorité importante d'Israéliens. Cela explique pourquoi l'initiative de Genève n'est plus au cœur des préoccupations de l'opinion publique. En revanche, elle n'est pas enterrée parce que, quoi qu'on dise, le modèle de règlement de conflit qu'elle prévoit est convaincant et sera dès lors repris lorsqu'un accord définitif interviendra.

Mais comment y arriver? C'est bien le problème majeur de l'initiative de Genève, et ce en dehors du contexte du plan de désengagement. Le modèle élaboré par Beilin et Rabbo ne nous dit pas comment y parvenir. En fait, Genève ne nous dit pas comment arriver à Genève! Le problème n'est pas de s'asseoir avec des gens de bonne compagnie pour rédiger un projet d'accord définitif, mais plutôt de savoir comment faire pour que ces gens de bonne compagnie aient le pouvoir et les moyens politiques pour y parvenir.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur l'opinion publique israélienne? C'est le cœur du problème. Nous savons bien que les Israéliens suivraient volontiers un gouvernement endossant les principes de Genève, une politique de gauche, à condition que ce soit porté par un gouvernement de droite. Or, cet animal politique n'existe pas. C'est la raison pour laquelle tout est bloqué. Les Israéliens ne font plus confiance à la gauche pour parvenir à la paix. La gauche israélienne est en charpie. Le parti travailliste est devenu une arène de candidats au pouvoir sans aucune prise sur l'opinion publique. A sa gauche, Yahad est un petit parti qui ne peut songer à remplacer le grand parti frère. A droite, le Likoud est complètement divisé. Donc, pour aboutir à quelque chose qui tienne la route, il faut remodeler complètement la classe politique israélienne qui est aujourd'hui incapable de traduire en termes politiques la volonté des Israéliens.

Le divorce entre les colons et l'opinion publique est-il consommé? Il l’est depuis toujours en fait car il n'y a jamais eu «mariage» entre eux. Les implantations sont le résultat d'une coproduction réunissant une infime minorité d'idéologues motivés, religieux pour la plupart, et une classe politique qui l’a laissé faire, par idéologie pour les uns, par faiblesse pour les autres. Au fur et à mesure, lorsqu'il devenait évident qu'on ne pouvait s'accrocher éternellement aux territoires occupés et que par cercles concentriques, on se trouvait au milieu d'un monde qui ne voulait pas de cette entreprise de colonisation, les Israéliens se sont dégagés de ce projet irréaliste. D'ailleurs, on voit bien que les colons se sentent isolés. Cela explique leur hystérie et leur extrémisme. Ils s'efforcent de mobiliser une opinion publique qui n'est pas mobilisable.

Que pensez-vous de la situation actuelle des Palestiniens? Ils sont confrontés au même problème que les Israéliens mais dans des proportions plus importantes. A la question «comment traduire la volonté de l'opinion palestinienne en monnaie politique sonnante et trébuchante?», on se heurte à une impasse. D'où mon idée qu'on ne pourra s'en sortir sans une intervention internationale massive. Un mandat international sur les territoires palestiniens est la seule solution permettant de reconstruire une Autorité palestinienne digne, capable de tenir sur ses jambes pour négocier le statut définitif de ces territoires.


 
 

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