Nouvelle génération

Amos Bok "L'architecte peut retisser du lien"

Mardi 3 septembre 2019 par Géradine Kamps
Publié dans Regards n°1049

A 25 ans, fraîchement diplômé, Amos Bok a déjà bien en tête sa vision de l’architecture, avec un architecte aux côtés des habitants et à leur écoute. Reste à convaincre les pouvoirs publics de le rejoindre dans ce pari audacieux. « Juste une question de volonté ».

 

Amos Bok est né à Bruxelles il y a 25 ans, aîné d’un frère prénommé Elie. Issu d’une famille « de culture juive », non pratiquante, mais attachée aux traditions, il célèbre avec les siens les grandes fêtes, et même « Noëloucca » du côté de son père.

Amos Bok suit sa scolarité à l’école Beth Aviv, puis à Ganenou après un passage éclair à l’Athénée Charles Janssens. Tout en pratiquant nombre d'activités en dehors de la communauté, « un regard hors de la bulle », confie-t-il, il fréquente pendant six ans la JJL jusqu’à y devenir madrih, appréciant « l’ouverture d’esprit » du mouvement et « ses débats autour de valeurs universelles », fier de représenter au sein de la communauté juive ce point de vue « un peu plus à gauche ». « Ce genre d’expérience t’apprend à prendre des responsabilités, à gagner en assurance », relève-t-il, « et a sans aucun doute participé à forger mon esprit critique d’aujourd’hui qui va tout à fait à l’encontre du repli communautaire ».

Après une deuxième rhéto aux Etats-Unis, son ami Raphaël Luchs le convainc d’entamer des études d’architecture à La Cambre-Horta (ULB). Cinq années « géniales, mais éprouvantes », note celui qui admet avoir enchaîné les nuits blanches, mais qui lui donneront l’occasion de profiter d’une année Erasmus à Grenade.

Le savoir au service des habitants

Son diplôme en poche en 2017, et avant ses deux années de stage nécessaires pour s’inscrire à l’Ordre des Architectes, il prend une année sabbatique pour voyager. En Argentine et au Pérou, il participe à des workshops sur les méthodes constructives écologiques.

A Bordeaux, il travaille sept mois pour Nicole Concordet, lauréate du prix « Femme architecte 2018 » (décerné par le ministère français de la Culture) qui a collaboré avec Patrick Bouchain. Les deux architectes ont été influencés par la pratique du Belge Lucien Kroll, pionnier de l’architecture participative, dans laquelle Amos se reconnaît pleinement. « Elle consiste à “faire avec” plutôt que “faire pour” », résume le jeune homme, qui collabore ainsi au projet de réhabilitation d’une cité-jardin de 250 logements sociaux financé par la Ville de Bordeaux. « Je suis arrivé à la fin de ce projet qui s’est étalé sur cinq ans », précise-t-il. « A la différence des bureaux d’architectes qui gèrent leurs chantiers depuis un poste fixe, nous étions en permanence sur place et connaissions les gens. Le contact humain est essentiel : aller à la rencontre des habitants, les impliquer dans le projet, en mettant en place les outils pour les faire participer, en recréant du lien… Cela permet de mieux comprendre leur réalité et de mettre notre savoir à leur service ».

Amos Bok se félicite d’avoir pu redonner vie à ce quartier, en répondant aux demandes des habitants : « L’idée était de les consulter régulièrement, sans toujours calculer ce qui allait se passer. On a ainsi ajouté un abribus qui n’était pas prévu au départ, un espace communautaire, on a aussi organisé un bal ! On repart en ayant en quelque sorte planté une graine », se réjouit-il. « Un comité habitants va à présent reprendre possession des lieux pour continuer à faire vivre ce quartier qui avait été délaissé et poursuivre ce qui a été semé ». Conscient de l’énergie et du temps que cette façon de travailler requiert, il n’en demeure pas moins convaincu par cette vision de l’architecture à vocation sociale, souhaitant déconstruire l’image de l’architecte derrière son bureau qui se contente de plans figés, sans se repositionner dans la société. « A sa modeste échelle, l’architecte peut retisser du lien, apprendre aux gens à gagner en autonomie, à s’émanciper, à construire eux-mêmes pourquoi pas. Les gens qui vivent dans un lieu sont les plus grands experts de ce lieu, il faut donc être à leur écoute ».

Comme bénévole, Amos Bok met actuellement son expertise au service du projet Communa (lire notre article dans le Regards n°855, février 2017) qui vise à occuper en toute légalité des bâtiments désaffectés et à les faire revivre. Toujours dans l’optique de « faire » sans se limiter au seul pilotage d’un projet, il se lancera cette année dans une formation en menuiserie-charpenterie, pensant déjà à la transmission de ses nouvelles compétences. Les nombreuses activités de notre apprenti-architecte en dehors de son travail comptent tout autant pour ce passionné de musique et de photo argentique. N’hésitez pas à aller faire un tour du côté de son site (amosbok.crevado.com), vous y verrez ses photos personnelles, et qui sait peut-être aussi, bientôt, ses projets architecturaux.


 
 

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