Au CCLJ

Henri Lederhandler : 'Un parcours improbable'

Mardi 5 mars 2013 par Propos recueillirs par Véronique Lemberg
Publié dans Regards n°773

Enfant caché ayant survécu à la Shoah, militant communiste dès son adolescence, cofondateur du CCLJ et homme d’affaires spécialisé dans les échanges avec la Chine, Henri Lederhandler vient de publier Un parcours improbable (éd. Luc Pire), le récit de sa vie atypique. Il présentera ce livre au CCLJ le 15 mars 2013 à 20h30.

 
Sur le même sujet

    Est-ce au home du château de Cul-des-Sarts où vous avez été caché pendant la guerre que vous avez découvert la vie en groupe ?

    Oui, même si pendant une très courte période avant les rafles de 1942, j’ai fréquenté les louveteaux. J’arrive à Cul-des-Sarts alors que j’ai à peine 9 ans et j’y rencontre d’autres garçons plus âgés ayant déjà adhéré à des mouvements de jeunesse juifs. Ils ont 15 et 16 ans et ils sont de gauche. Certains sont même déjà communistes, ils sont issus du YASK (Yiddisher Arbeiter Sport Klub). Grâce à eux, nous avons notamment fêté le 1er mai 1944. C’est à Cul-des-Sarts que j’ai vraiment appris à vivre en groupe. Sous l’influence des plus politisés, j’ai rejoint à la Libération l’Union sportive des jeunes juifs (USJJ), une organisation juive communiste.

    Qu’avez-vous trouvé à l’USJJ après la guerre ?

    L’USJJ est très vite devenue une seconde famille. J’étais tellement heureux de me rendre au « local » le samedi après-midi. Et le dimanche, nous partions en forêt pour de grandes balades. Pendant les vacances scolaires, l’USJJ organisait des camps à la campagne. Bien que ce fût une organisation très politisée, le scoutisme y occupait une place importante et je dois avouer que c’était un aspect qui me plaisait tout particulièrement.

    Une organisation communiste, mais très juive…

    En dehors de l’USJJ, j’adhère aussi au Parti communiste belge dès l’âge de 16 ans. La majorité des cadres de l’USJJ sont communistes. Nous avons beau être une organisation juive à dominante communiste, nous sommes très préoccupés par ce qui se passe en Israël. Cela explique pourquoi les plus âgés d’entre nous se sont battus dans les rangs du Palmakh en 1948. J’ai appris cela par hasard en recevant une carte postale de Marseille que mon chef de section à l’USJJ m’a envoyée avant de s’embarquer sur un bateau pour Haïfa. Cette carte est signée par Maurice Dorn. J’ai 15 ans à ce moment-là. Si j’avais eu trois ans de plus, je me serais évidemment engagé.

    Comment se noue votre premier contact avec la Chine ?

    En 1953, je deviens membre du bureau national de la Jeunesse populaire de Belgique qui prendra le nom de Jeunesse communiste de Belgique. On m’a confié la responsabilité des relations internationales. Professionnellement, je suis engagé comme emballeur à la libraire du Monde entier(librairie du Parti communiste) où je gravirai tous les échelons avant d’en être le directeur. Fin 1954, lors d’un congrès de la Jeunesse communiste à Sofia, le secrétaire général de la Fédération de la jeunesse démocratique chinoise me demande d’organiser une délégation de la jeunesse belge qui serait invitée à faire un voyage d’études en Chine durant les mois d’avril à juin 1955. J’ai accepté avec enthousiasme. C’était un voyage extraordinaire. Lorsque le Parti communiste belge est en crise entre prosoviétiques et prochinois, je me range du côté de la fraction chinoise. Je suis toujours employé de la librairie du Monde entieroù je mène à partir de 1959 une lutte idéologique en faveur de la position prochinoise. En juin 1963, je suis licencié. Grâce à mes contacts,le chargé d’affaires chinois à La Haye m’a proposé de devenir un intermédiaire commercial dans l’exportation vers la Chine de produits de base et d’équipements industriels. C’est comme cela que j’ai fondé ma société (Sodexim) et que j’ai contribué aux échanges entre la Belgique et la Chine.

    Pendant toutes ces années, conservez-vous des liens avec le monde juif ?

    Evidemment. J’ai toujours conservé mes attaches dans le milieu juif. En 1959, je participe avec David Susskind à la création du CCLJ. J’en suis toujours membre. J’adhère totalement à ses positions concernant Israël. Je me sens attaché à cet Etat. Heureusement qu’il existe, beaucoup de survivants de la Shoah ont pu y trouvé un havre de paix après l’enfer qu’ils ont vécu. 


     
     

    Ajouter un commentaire

    http://www.respectzone.org/fr/