Culture/Expo

Jimmy Bourgeois, Bruxelles sous l'Occupation (1940-1944)

Mardi 1 juillet 2014 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°802

Présenté à la presse lors de l’inauguration de l’exposition « Jimmy Bourgeois. Bruxelles à l’ombre allemande » au Musée de la Photographie à Charleroi, un livre nous retrace en quelque 150 photos inédites la chronique de notre capitale occupée en 1940-1944.

Le 17 mai 1940 l’armée allemande entre dans Bruxelles. De nombreux photographes sont bientôt forcés de cesser leurs activités vu la pénurie de fournitures photo (films, papier, produits de développement). La plupart des agences de presse ferment ou sont étroitement contrôlées par la propagande allemande.

Né à Londres, Jimmy Bourgeois (1919-1979) vit à Bruxelles depuis 1935. Initié à la photographie par son père, il n’est pas inscrit au registre de l’Association de la Presse illustrée. Malgré la censure allemande, ce photographe amateur documente la vie bruxelloise sous l’Occupation. A partir de 1942, les produits photographiques deviennent quasi introuvables et Bourgeois s’approvisionne via la Résistance hollandaise afin de poursuivre son travail clandestin.

Publié à l’initiative de son fils Pierre, lui-même passionné de photo depuis l’enfance, Bruxelles sous l’occupation nazie nous plonge dans la réalité de la rue bruxelloise il y a plus de septante ans. Défilé de troupes allemandes rue des Colonies, principaux sièges des administrations allemandes, dont la Gestapo au 453 avenue Louise, façades de cinémas réservés aux soldats allemands, tels le ciné Agora ou le Marivaux... Jimmy Bourgeois photographie les images de propagande incitant les Belges à collaborer à l’Ordre Nouveau, telles ces affiches de recrutement de la légion de volontaires flamands de la SS, ou celles du « corps franc Wallonie » « Pour la lutte contre le bolchévisme ». Il documente aussi la grande manifestation organisée par Léon Degrelle et la Légion Wallonie au Palais des Beaux-Arts, suivie du défilé des légionnaires, place Royale, et de leur embarquement vers la Pologne, en gare du Nord.

La vie quotidienne des Bruxellois

Les photos clandestines de manifestations patriotiques les 11 novembre 1940 et 1941 ou le 21 juillet 1942 témoignent de premières actions de résistance à l’occupant. Images du V de la RAF, célébrant les raids de l’aviation britannique, graffité à la hâte sur les murs bruxellois. Un « V de Victory » auquel les Allemands répondent par le V, « signe de la victoire allemande », inscrit sur de grands calicots en façade de la gare du Nord, de la Bourse ou de la Maison du Roi. Les premières actions armées de la Résistance sont évoquées par ces affiches allemandes annonçant la peine de mort « à ceux qui aident les ennemis de l’Allemagne » et ces photos prises à la sauvette de fouilles opérées en pleine rue par les gendarmes allemands arrêtant trams et passants à la recherche d’armes...

Jimmy documente au quotidien la vie des Bruxellois soumis au rationnement, les queues devant les magasins, le marché noir rue des Radis..., mais aussi les concerts de musique militaire allemande le dimanche sur la Grand-Place. Il capture sur la pellicule les images de mort et de destruction dans le quartier des casernes à Etterbeek durement frappé par les bombardements alliés d’août 1943.

Enfin, les instantanés d’Allemands en déroute traversant notre capitale fin août 44 sont suivis de photos montrant l’entrée triomphale des blindés britanniques sur les boulevards et la place de Brouckère.

Libre, malgré les risques

Libre tant dans son approche technique de la photographie que dans ses prises de vues, la démarche de Jimmy Bourgeois témoigne d’un sens aigu de la photo et de la passion du reportage, malgré les risques liés aux interdictions ou aux regards soupçonneux des passants qui, comme le précise son fils Pierre, ne comprenaient pas toujours le pourquoi de son travail photo clandestin : « Il m’avait raconté avoir été un jour repéré et molesté par des marchands au marché noir qui le soupçonnaient de faire des photos pour le compte des Allemands. Il a dû fuir et revenir discrètement la semaine suivante pour terminer son travail ». Après la Libération, Jimmy travaille pour l’agence Associated Press et documente la réalité des camps de concentration nazis, ainsi à Dachau. Il photographie le président Truman et Winston Churchill lors de réunions préparatoires à la conférence de Potsdam. Après 1949, il commercialisera les enseignes néon en Belgique, tout en poursuivant sa passion pour la photographie. Sa riche collection d’instantanés de l’occupation de Bruxelles est aujourd’hui conservée au Musée de la Photographie de Charleroi. 

Livre : Pierre Bourgeois (éd.), Bruxelles sous l’occupation nazie. De 1940 à 1944. Les détails oubliés de l’histoire de Bruxelles sous l’occupation, racontés par les photographies inédites de Jimmy Bourgeois, éd. Pré Riant, 2014. Exposition : Jimmy Bourgeois. Bruxelles à l’ombre allemande, jusqu’au 7 décembre 2014 (ma.-di. 10h -18h) au Musée de la Photographie, 11 av. Paul Pastur, 6032 Charleroi (Mont-sur-Marchienne). 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par DUSSART PHILIPPE - 22/08/2019 - 10:11

    Bonjour, je me présente : je suis réalisateur d'un documentaire TV et je suis a la recherche d'images libres de droit de monsieur Jimmy Bourgeois.concernant l'occupation allemande a Bruxelles durant la dernière guerre . (3 images maximum). Il s'agit d'un documentaire ou j évoqué le passé du volcanologue Haroun Tazieff durant cette période ou il était résistant. d avance je vous remercie de votre retour. les auteurs des photos seront bien naturellement cités dans ce documentaire qui en principe verra le jour cette année.
    Philippe dussart. (06.08.66.19.32)