Nouvelle génération

Julie Geller, humoriste... par accident !

Mardi 2 avril 2019 par Géradine Kamps
Publié dans Regards n°1041

Ses chroniques hebdomadaires sur Radio Judaïca sont devenues incontournables et son stand-up « On ne sait jamais… » affiche complet. De Bruxelles à Liège, en passant par… Tel-Aviv, celle qui n’ose pas encore se définir comme « humoriste », mais en a tout l'air semble faire l’unanimité. Quand faire rire devient une passion.

 
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    Mais quelle mouche a donc piqué Julie Geller ? Cette jeune trentenaire célibataire est la première à se poser la question, souvent le soir, quelques minutes avant de monter sur les planches. A L’Os à Moëlle, au Kœk’s Théâtre, au Petit Chapeau Rond Rouge, et jusqu’au Tel Aviv Comedy Club où elle jouait le 1er avril, ses spectacles à peine programmés affichent complets ! « Ce n’était pas une vocation, je ne peux même pas raconter la belle histoire que tout le monde aimerait entendre de la fille qui fait rire tout le monde depuis sa naissance », assume-t-elle. Comme tout ce qu’elle dit d’ailleurs. Parce que son truc, c’est la franchise.

    Julie Geller, tout juste 32 ans, est née à Bruxelles, dans une famille juive ashkénaze, de par ses quatre grands-parents. « Ma mère a été élevée dans la tradition, mon père était juif par son humour, sa réflexion et la défense de ses valeurs, en restant très indépendant de tout dogme », souligne-t-elle. C’est sa grand-mère maternelle Eva, sa « deuxième maman », qui la rattachera le plus à la tradition, veillant à ce que la famille se réunisse pour chaque fête en dépit de toute autre obligation.

    « Juive de Kippour », comme elle se définit aujourd’hui, Julie Geller a suivi sa scolarité à l’école des Sept Bonniers, puis au Lycée Dachsbeck, tout en fréquentant le Dror, profitant de ces deux environnements qui « se complètent » et font sa richesse. Elle célébrera sa Bar-Mitzva au CCLJ l’année de ses 12 ans et du décès de son père.

    Rêvant de défendre la veuve et l’orphelin, Julie s’oriente naturellement vers des études de droit, mais réalise vite qu’il ne suffit pas d’être fan d’Allie Mac Beal pour devenir avocate. « J’avais fait un mix entre ma mère, d’une générosité déconcertante, et mon père, orateur hors pair », affirme-t-elle. « J’ai choisi le droit pour mêler justice et talent oratoire, mais je n’étais pas faite pour ça », résume celle qui remportera tout de même le 1er prix d’un concours d’éloquence, en repartant avec… les 12 tomes du Code Larcier, qui la dissuaderont définitivement de poursuivre dans cette voie. Après un Bachelier en Management, Julie Geller part ensuite un an à l’étranger, aux Etats-Unis, en Equateur, et… à Anvers, revenant avec trois langues en plus à son arc. « Je suis fille unique, et j’ai une mère juive qui a servi de moule à toutes les autres », sourit-elle. « Une mère très protectrice, mais très réaliste. C’est elle qui m’a encouragée à partir », se souvient-elle. Ce voyage sera une révélation.

    De retour en Belgique, Julie se fait engager dans un bureau de recrutement, un domaine bien connu de ses deux parents, chasseur de têtes et consultant. « Fille d’indépendants, j’ai reçu une éducation assez stricte où j’ai appris qu’il fallait travailler pour vivre, mais qui m’a aussi fait comprendre la valeur des gens et la valeur de l’argent, l’empathie et la gentillesse », apprécie-t-elle.

    Consultante le jour, « stand-uppeuse » la nuit

    L'humour ? Elle l’a testé d’abord en imitant les membres de sa famille, « pour combler les manques », sans doute. Et puis, un jour de 2016, une première « scène ouverte » au Kings of Comedy Club à Ixelles, où sa mère a gentiment rameuté ses amis pour remplir la salle. « Pour moi, l’humour, c’est quelque chose de très intime et de généreux à la fois », explique Julie Geller. « Je me fous à poil en quelque sorte, je mets tout sur la table, mais c’est moi qui décide de ce que je dévoile, comme une protection. Je ne parlerai jamais de mon père ni de mon identité juive… je ne suis pas encore assez armée », estime-t-elle. « Et je n’ai pas la chance qu’ont les Séfarades de rassembler tout le monde. Pour les Ashkénazes, y a personne, pas même la bouffe ! Qui voudrait manger du gefilte fish ? ».

    En attendant, Julie Geller nous régale d’1h15 de pure autodérision : « Ce qui m’inspire, ce sont mes ratés », assume pleinement celle qui a décidé de « rire pour s’extraire du malaise ». Comme ce sketch chez le dentiste, une vraie bombe qu’elle essaie de séduire, tout en étant bien consciente de l’image peu reluisante qu’elle lui offre à voir. Identification garantie. « Rien que la vérité », dans la tradition de Foresti, Nawell Madani, Judith Mergui ou Virginie Hocq qui ont « ouvert la voie ».

    Consultante le jour, « stand-uppeuse » la nuit, ses chroniques sur Radio Judaïca (90.2FM) ont redynamisé la matinale, avant d’alimenter son spectacle « On ne sait jamais... ». Et les représentations s’enchaînent. Finaliste du Festival du rire de Bastogne, Julie Geller assurera la première partie de Caroline Vigneaux au Festival du rire de Rochefort en mai. Un succès qui ne rassure pas pour autant celle qui garde l’angoisse de monter sur scène, mais le prend comme une dose d’adrénaline positive. « C’est la même hormone que le shopping », aime penser Julie Geller. « Après, je me sens tellement bien, la rencontre avec le public, c’est magique ! ».

    Jeudi 25 avril 2019 à 21h au Cali Club, Grand’ Route 234,1620 Drogenbos  Infos et réservations  www.caliclub.be

    Samedi 25 mai 2019 à 20h à la Comédie en Ile, à Liège. Infos  https/comedieenile.be

     
     

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