Nouvelle génération

Sharon Hancart "Voyager, pour apprendre l'un de l'autre"

Mardi 5 novembre 2019 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1053

A 25 ans, Sharon Hancart semble avoir trouvé le travail qui lui correspond : un subtil mélange entre nouvelles technologies et relations humaines. De quoi s’épanouir en Belgique et jusqu’en Afrique.

 

Sharon Hancart est née à Bruxelles au sein d’une famille juive, une mère d’origine ashkénaze et un père juif converti, issu d’une famille catholique pratiquante. « Je me sens de culture juive, même si j’ai toujours célébré toutes les fêtes, le seder de Pessah, Pâques, Hanoucca, Noël… », confie la jeune fille pour qui la tradition a toujours beaucoup compté, et avec elle, l’occasion de passer du temps en famille. Sharon suit toute sa scolarité à l’athénée Ganenou, et fréquente l’Hashomer Hatzaïr à partir de la 3e secondaire, relançant avec un groupe d’amies une kvoutsa qui fait alors défaut au mouvement. D’un tempérament plutôt timide, celle qui deviendra rosh ken dès sa première année de madriha gagne en confiance. « Le mouvement a clairement forgé mon caractère et construit mon opinion », estime-t-elle avec le recul. « Grâce à lui, je me suis rendu compte que ce que je disais avait de l’importance. Il m’a aidée à prendre des initiatives, à croire en mes idées et mes projets ».

Son père ingénieur, elle-même forte en maths, Sharon s’oriente naturellement vers des études de Polytech à l’ULB. Elle profitera du programme Erasmus pour faire sa 4e année en Suisse, bénéficiant de l’enseignement d’une des meilleures écoles d’Europe située à Lausanne. Une plongée multiculturelle qui renforce son identité européenne. « En permettant aux jeunes de se côtoyer et de mieux connaître les différentes cultures, l’Europe a gagné son pari », affirme-t-elle.

Ses études sont aussi une occasion de s’investir à titre personnel : dans le Bureau étudiant, où Sharon organise des conférences pour les entreprises, les professeurs et les nouveaux élèves, ainsi que l’accueil des Erasmus. Au Cercle Polytech, où elle gère les « Job Fairs ». L’option biomédicale qu’elle a choisie est l’une des rares à compter une proportion de filles comparable à celle des garçons, même si la surreprésentation masculine dans ce secteur n’a jamais constitué un problème pour la jeune femme, aînée de deux frères. « J’ai choisi le biomédical, car je voulais m’orienter vers ce qui peut avoir un impact humain, sans me limiter au fonctionnement des machines », souligne-t-elle. Pour le côté multidisciplinaire aussi, le fait d’être confronté à d’autres métiers, l’échange de points de vue, pour comprendre ce dont l’autre a besoin et trouver les solutions qui conviennent au plus grand nombre.

Former les formateurs

A la fin de ses études, Sharon postule pour un stage de huit mois à Barcelone, dans une start-up de développement d’analyses d’images du cerveau. Une nouvelle expérience hors de sa zone de confort, à la suite de laquelle elle se fait engager par la filiale belge de Siemens, spécialisée dans la recherche en appareils d’imagerie médicale. Son travail consiste à optimiser le fonctionnement des machines pour permettre l’analyse la plus fine selon les spécificités des pathologies traitées. Le bureau belge de Siemens étant en charge de l’Afrique francophone, Sharon participe à plusieurs missions, au Congo, en Ouganda, au Sénégal, pour assurer la formation des formateurs et le suivi de machines fraîchement installées. « Il y a un manque de formation et d’équipements énorme en Afrique », déplore-t-elle. « Les médecins n’ont pas de cours en imagerie médicale et ne possèdent pas les ingénieurs nécessaires pour réparer les machines hors service. Notre venue vient compléter la plateforme gratuite d’e-learning que nous mettons à leur disposition ». Si Sharon consacre les premiers jours de ses voyages à comprendre les attentes des médecins locaux et à voir comment leur transmettre de nouvelles compétences, elle apprécie que chacun puisse apprendre de l’autre et échanger en confiance. « Ils me posent beaucoup de questions sur l’Europe. On parle mariage, polygamie, homosexualité... C’est un moment où l’on apprend beaucoup sur soi, sur ce qui a du sens. Cela nous fait prendre conscience du monde qui nous entoure, en réalisant que l’accès aux soins de santé n’est pas une évidence pour tous ».

Sharon rentre parfois avec la frustration de ne pas avoir pu aller aussi loin qu’elle le souhaitait, mais se réjouit de la motivation de ceux qu’elle rencontre. « Ils sont fiers qu’on investisse du temps pour eux. Il faut parfois reprendre les bases, mais je suis là pour ça, et leur reconnaissance est tellement stimulante », confie-t-elle. Prochain voyage sans doute au Cameroun. Le pays a récemment investi à l’échelle nationale pour améliorer l’équipement de ses hôpitaux. D’ici là, Sharon aura fêté Hanoucca, comme chaque année, avec ses amis juifs et non juifs.


 
 

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  • Par Lucien - 14/11/2019 - 19:57

    Bravo à cette jeune femme qui est un des espoirs de notre communauté
    Que de progrès réalisés depuis des années (elle me comprendra)