L'Exécutif des musulmans et le repli communautaire

Mardi 17 septembre 2002

 

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, tout le monde s'est interrogé sur les responsabilités de l'islam dans les dérives terroristes de ceux qui s'en réclament. Cette problématique a conduit des journalistes et des chercheurs à mener de nombreuses enquêtes sur l'islam et les musulmans. Tout en relevant les différents archaïsmes des sociétés musulmanes, en dénonçant l'oppression engendrée par la Charia et en posant la question de l'adaptation de l'islam à la modernité, ces enquêtes ont abouti à la même conclusion : les terroristes islamistes ne constituent qu'une minorité. La majorité des musulmans dans le monde condamnent ces actes qu'ils jugent contraire à leur religion. Si le monde intellectuel et les média occidentaux ont abordé cette question en évitant les amalgames et les invectives, il faut malheureusement constater que des dirigeants communautaires musulmans, en Belgique notamment, n'ont pas clairement condamner l'anti-américanisme primaire imputant aux Américains la responsabilité des attentats qu'ils ont subi. En effet, dans les semaines et les mois qui ont suivi le drame du 11 septembre, on pouvait entendre que les Etats-Unis auraient provoqué le monde musulman par sa politique arrogante à l'égard du monde arabo-musulman, principalement en raison de son soutien à Israël. Par conséquent, les Américains n'ont eu que ce qu'ils méritent. Ce discours odieux a eu un certain écho auprès de la communauté arabo-musulmane de Belgique, et particulièrement la jeunesse. La démonstration a été faite lors de l'émission de la RTBF Lieu public, consacrée aux musulmans de Belgique après le 11 septembre. Un jeune homme d'Anderlecht expliquait sa compassion à l'égard des victimes des attentats de New York, mais il ne put s'empêcher de déclarer sans le moindre scrupule qu'il éprouvait un sentiment de satisfaction et de vengeance car les Etats-Unis payaient enfin leur arrogance! Des responsables de l'Exécutif des musulmans de Belgique, des mandataires politiques d'origine musulmane et des citoyens d'horizons différents présents sur ce plateau ont entendu ces propos horribles. Pas un seul n'a eu la lucidité et l'intelligence de remettre cet idiot à sa place en lui expliquant qu'il se trompe complètement et qu'aucune cause, même la plus juste; ne saurait justifier la mort d'innocents. Pire, ces déclarations ont été suivies d'applaudissements. Les délires conspirationnistes d'un spectateur présent accusant le gouvernement américain d'avoir organisé ces attentats ont suscité le même enthousiasme. En choisissant sciemment de se taire face à ces absurdités, les responsables de l'Exécutif des musulmans ont raté une occasion pour mettre fin aux amalgames entre islam et islamisme qu'ils dénoncent d'ailleurs. En ne condamnant pas cette fascination de l'attentat suicide contre des civils, ils ne font que conforter l'opinion de ceux qui considèrent que les musulmans constituent donc une menace permanente pour la société belge. Non seulement ils ont fait preuve de complaisance à l'égard de dérives haineuses, mais ils n'ont cessé de fustiger les conclusions d'un rapport d'une institution démocratique belge sur les activités islamistes en Belgique. Il est regrettable qu'au nom du non-amalgame, l'Exécutif des musulmans de Belgique refuse de se démarquer clairement des intégristes et ne procède pas à l'examen de conscience auquel les autres cultes de ce pays se sont soumis. On peut craindre que cette attitude n'entame sérieusement le crédit de l'Exécutif auprès des pouvoirs publics et permette aux franges les plus extrémistes de hausser suffisamment le ton pour donner l'impression que la communauté arabo-musulmane s'est transformée en un groupe hostile aux valeurs démocratiques. Lorsque des responsables communautaires n'osent ou ne veulent pas condamner une minorité d'extrémistes de peur de paraître donner du grain à moudre à ceux qui les méprisent, on peut alors parler de repli communautaire. Mon propos n'est nullement de donner des leçons aux musulmans de Belgique. En revanche, je pense que mon expérience personnelle au sein d'une organisation juive combattant toute forme de racisme et soutenant activement les Israéliens qui militent pour une paix négociée avec les Palestiniens m'autorise de les mettre en garde contre les dangers d'une solidarité inconditionnelle et superficielle. On peut exprimer sa solidarité à l'égard de ses semblables tout en leur apportant un soutien critique en dénonçant clairement les éléments les plus extrémistes qui véhiculent une fausse image de son groupe et des valeurs humanistes auquel il est attaché.


 
 

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