Exposition

Guerre, Occupation, Libération

Mardi 4 juin 2019 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°1045

L’inauguration de la nouvelle exposition permanente sur la Seconde Guerre mondiale au Musée royal de l’Armée marque l’ouverture de l’année commémorative organisée par le War Heritage Institute (WHI) autour du 75e anniversaire de la libération de la Belgique et de la fin du conflit.

 

Le nouveau parcours du Musée royal de l’Armée complète l’exposition existante sur l’entre-deux-guerres et les opérations militaires, de septembre 1939 jusqu’au débarquement de Normandie. Il représente l’Occupation allemande de mai 1940 à septembre 1944, puis la bataille des Ardennes, « dernier coup de dés de Hitler », pour évoquer ensuite l’écrasement de l’Allemagne nazie au printemps 1945 et l’ouverture des camps de concentration, terminant par une introduction à l’histoire de l’impérialisme japonais et ses conséquences en Chine, envahie dès 1931 par les armées de l’Empire du soleil levant.

Rassemblant plus d’un millier d’objets mis en scène avec ingéniosité, cette exposition immersive nous confronte entre autres à la passivité initiale d’une majorité des Belges face à l’Ordre nouveau. Les formes de collaboration et de résistance qui se développent au sein de « la Belgique en mains allemandes » sont montrées avec une volonté de se libérer des mythes et tabous entretenus pendant trop longtemps parmi le grand public. Ainsi, l’imagerie et les symboles de la Collaboration sont exposés tout en évitant le fétichisme malsain que peut susciter toute collection d’uniformes, d’emblèmes et d’armes nazis chez certains amateurs de militaria.

Le prix payé par les civils

La répression des résistants et les persécutions raciales dont sont victimes Juifs et « Tsiganes » dans notre pays, avec la complicité d’administrations, pratiquant la « politique du moindre mal », se trouvent au cœur du récit muséal sur l’occupation militaire allemande. L’évocation de la déportation des Juifs de Belgique à la caserne Dossin tient une place centrale dans cette partie du parcours. Henri Kichka témoigne sur un écran interactif intégré à une représentation de wagon de chemin de fer. Rompant avec le triomphalisme patriotique d’antan, la salle 6 consacrée à la libération de la Belgique par les armées alliées, la brigade Piron et les résistants armés, est suivie par la poursuite des combats au Limbourg et en Zélande, ainsi que par les bombardements de nos villes par les bombes volantes V1 et V2.

L’évocation de la bataille des Ardennes documente le prix payé par les civils décimés par les combats et les bombardements et tire de l’oubli les crimes de guerre commis par les nazis, par exemple à Bande. Loin de se limiter à ce cadre national, l’exposition s’intéresse aussi au tableau de l’Allemagne dans les derniers mois du conflit, évoquant l’avancée alliée, le fanatisme nazi... jusqu’à la prise de Berlin et la capitulation. Ce volet militaire n’efface pas pour autant le sort des millions de réfugiés et de sans-abri, victimes de la politique nazie de sacrifice du peuple allemand.

La scénographie ne fait pas de la victoire alliée en mai 45 l’issue heureuse d’une épopée guerrière édifiante. Depuis la création des ghettos en Pologne envahie, puis des massacres commis par les nazis aux débuts de l’invasion de l’URSS, jusqu’à la libération des camps de concentration, la salle 11 de l’exposition documente à l’échelle de toute l’Europe occupée les effets de la terreur nazie, les persécutions raciales et le judéocide dont les bases jetées dès l’avènement du nazisme en Allemagne mènent à une spirale incontrôlée. Face à un décor de baraques en bois, une grande vitrine rassemble une impressionnante collection de tenues concentrationnaires et nous confronte à cette composante majeure du système nazi, fondée en Allemagne dès 1933.

Précisons que l’exposition s’adresse tout particulièrement à un public scolaire, avec notamment la mise en ligne d’un dossier pédagogique destiné aux classes de 5e et 6e secondaire pour la partie « Terreur, persécution, génocide » du parcours.

Publié aux éditions Racine et Lannoo à l’occasion de l’inauguration de cette nouvelle exposition permanente, un excellent ouvrage de référence rassemble des articles scientifiques écrits par les spécialistes de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale dans notre pays et offre ainsi au grand public l’occasion de découvrir l’actualité des progrès de l’historiographie du conflit dans notre pays. Qu’il s’agisse de la persécution antijuive en Belgique (par Laurence Schram), du combat dans l’ombre de la résistance (Fabrice Maerten), de la libération des camps (Olivier Van der Wilt) ou de la mémoire de la guerre (Chantal Kesteloot), toutes les grandes questions liées à cette période tragique de l’histoire de notre pays sont traitées dans ce livre destiné à accompagner la visite de cette exposition incontournable.

Exposition « Guerre. Occupation. Libération »
Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire, Parc du Cinquantenaire, 1000 Bruxelles. Ouvert 9h-17h tous les jours (sauf lundi).
Livre : Wannes Devos et Kevin Gony, Guerre. Occupation. Libération, éditions Racine et Lannoo.

 
 

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