Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Me Koning : "Nemmouche a gardé la 6e balle dans son revolver pour se couvrir, au cas où"

Mardi 19 Février 2019 par G.K. et Belga

La défense de la famille de Dominique Sabrier a présenté sa plaidoirie toute cette journée de mardi. Objectif de Me François Koning : démonter une par une les contre-vérités des avocats de Mehdi Nemmouche et apporter les preuves irréfutables de sa culpabilité, à lui comme à son co-accusé Nacer Bendrer.

Me Koning, avocat de la famille de Dominique Sabrier

Les plaidoiries des parties civiles se sont poursuivies ce mardi avec Me Koning, qui a tenu à revenir sur la personnalité du principal accusé, « narcissique et peu courageux, qui n'a pas assumé son crime uniquement pour entretenir le suspense et cultiver un certain mystère autour de sa personnalité ». « Mehdi Nemmouche fait ce qu'il annonce », a-t-il estimé. « Au directeur de la prison de Salon-de-Provence il dit : « Je vais rejoindre le djihad, je vais tuer les apostats ». C'est bien ce qu'il a fait. Et si j'étais les policiers auxquels Mehdi Nemmouche a demandé leurs noms lors de la confrontation avec Nacer Bendrer, et a dit : « Quand je m'évade, je sais à qui je pourrai rendre une petite visite », je m'inquiéterais s'il est remis en liberté ».

Et de détailler les éléments selon lui les plus accablants retrouvés lors de son arrestation : « On trouve Mehdi Nemmouche en possession de deux choses fondamentales: d'un côté tout l'attirail de l'auteur - les armes, les munitions, la veste bleue, la casquette - et de l'autre côté tout l'attirail de l'éclaireur, celui qui a fait le repérage au Musée juif la veille - le costume et les chaussures à bandes blanches. Pas de chance pour lui, on voit sur les images de vidéo-surveillance du musée que l'auteur et l'éclaireur portent tous deux les mêmes chaussures, celles à bandes blanches, avec lesquelles Mehdi Nemmouche est arrêté ».

Parmi ce qu’il qualifie de « lapins » ou de « tartes à la crème », Me Koning a également démonté la thèse de l'enrayement du revolver de l'auteur de l'attentat au Musée juif. Selon lui, le fait qu'il ait changé d'arme était prévu. Les avocats de Mehdi Nemmouche avaient tenté d’innocenter leur client en affirmant que s’il avait su que le revolver était enrayé, il n’aurait certainement pas été arrêté avec ce revolver défectueux sur lui ! Les experts ont entretemps conclu que le revolver était en parfait état de fonctionnement.

Après avoir tiré cinq balles, les caméras de surveillance montrent l’auteur de l’attaque changer d’arme pour saisir sa kalachnikov et abattre Dominique Sabrier. « Sur les images, on constate qu'à aucun instant l'auteur ne regarde son arme avec étonnement. Il change d'arme de façon machinale », soutient Me Koning. « C'était prévu de commencer avec le revolver, puis de finir avec la kalachnikov. Les tirs étaient programmés, calculés ! ». Et d’expliquer la logique de garder une balle dans le revolver pour se couvrir, « au cas, par exemple, où un policier viendrait entraver son parcours de fuite ».

Me Koning a de nouveau réfuté l'idée d'une exécution ciblée des époux Riva, devenus pour la défense des « agents du Mossad ». « On voit que non seulement ils se sont arrêtés au hasard devant les prospectus, mais aussi que quand l'auteur entre dans le musée, il n'a pas son arme à la main, il ne regarde même pas qui il abat », a avancé l'avocat.

Il a également réexpliqué pourquoi l’attentat n’avait pu être revendiqué à l’époque par l'Etat islamique -« aucune revendication de l’EI n’existant avant août 2014, puisqu’il n’en est encore qu'à ses balbutiements »-, avant de revenir sur le coup des « lunettes magiques » pointées depuis le début du procès par la défense de Mehdi Nemmouche. « La « disparition » des lunettes du visage de l'auteur s'explique par la position de la caméra de surveillance, dans une zone de fort contraste lumineux entre la pénombre du couloir et le puits de lumière en provenance de la cour intérieure. Un phénomène qui peut aussi être observé sur le visage d'un passant présent au musée quelques minutes après les faits », a-t-il indiqué aux jurés, en dénonçant encore une tactique de « victimisation des accusés et de culpabilisation de leurs juges ». Et de relever : « 300 enquêteurs ont trafiqué l'enquête pendant cinq ans, selon la défense, et pourtant aucune plainte n'a été déposée pour coalition de fonctionnaires et aucune demande de contre-expertise des vidéos n'a été déposée ».

Un « signal clair » aux auteurs potentiels

« Il n'y a ni trucage ni grand complot. C'est de la fumisterie », a-t-il conclu avant d'entamer la dernière partie de son exposé, consacrée au co-accusé Nacer Bendrer, dont il a dénoncé les nombreuses contradictions. « Vous ne pouvez plus croire ce que cette personne va vous dire », a-t-il adressé aux jurés, expliquant que l'accusé était revenu sur ses premières déclarations uniquement parce que « sa position était devenue intenable ».

Un autre élément accablant selon lui est le risque qu'a pris Nacer Bendrer en gardant ces armes jusqu'à son arrestation en décembre 2014, « alors que Mounir Attallah lui annonce en juin 2014 que Mehdi Nemmouche est suspecté d'être l'auteur de l'attentat au Musée juif de Belgique. Ils savent alors que la police peut remonter jusqu'à eux suite aux contacts téléphoniques qu'ils ont eus avec Mehdi Nemmouche peu avant. Mais Nacer Bendrer est pourtant résolu à garder ces armes, malgré le risque qu'il encourt ».

Pour Me Koning, il n'y a aucun doute sur le fait que Nacer Bendrer a fourni une kalachnikov à Mehdi Nemmouche et qu'il savait que celle-ci était destinée à commettre l'attentat au Musée juif de Belgique. Il a d’ailleurs démontré « une rare maîtrise des codes d'achat et de ventes applicables dans ce milieu, après avoir affirmé ne rien y connaître du tout ». Avant de réclamer à l'attention du jury la condamnation des deux accusés « sans hésitation, pour donner un signal très clair aux potentiels auteurs, mais aussi à ceux qui leur fournissent une aide logistique ».

La plaidoirie des conseils de la famille Riva a débuté en fin d’après-midi et se poursuivra demain.


 
 

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  • Par Sylvie Rosenfeldt - 20/02/2019 - 10:12

    Merci pour nous tenir au courant dans les détails sur l'évolution du procès.J'espère que les avocats de la partie civile vont pouvoir démolir Nemmouche et le condamner à perpétuité.

  • Par Rubin - 21/02/2019 - 11:42

    Pour Sylvie

    1) tous les journaux belges relatent quotidiennement le déroulement de procès. Donc ce qui est repris dans l'article ici n'apporte aucun éclairage nouveau puisqu'il ne s'agit que de redite

    2) Vous méconnaissez le droit : ce ne sont pas les avocats des parties civiles qui prononcent des condamnations mais la Cour composée du président, des assesseurs et des 12 jurés ceux ci devant d'abord se prononcer sur la culpabilité ou l'innocence des accusés.

    Bien à Vous,

    Rubin