Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

La perpétuité pour Mehdi Nemmouche, 15 ans de prison pour Nacer Bendrer

Mardi 12 mars 2019 par Géraldine Kamps

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer ont tous les deux été reconnus coupables comme auteur et coauteur de 4 assassinats le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, dans un contexte terroriste, avec volonté d'intimider la population d'un pays et en particulier la communauté juive. Mehdi Nemmouche a été condamné ce lundi à la réclusion à perpétuité, Nacer Bendrer écope d'une peine de 15 années de prison.

 

Après plus de huit heures de délibération, ce lundi 11 mars peu après minuit, les peines ont été prononcées pour les deux accusés reconnus coupables de l'attentat du Musée juif de Belgique : Mehdi Nemmouche, le principal accusé, écope de la réclusion à perpétuité avec 15 ans de mise à disposition auprès du Tribunal d'application des peines (TAP). Quant à Nacer Bendrer, pour lequel le procureur fédéral avait requis une peine de 30 ans, il est finalement condamné à 15 ans de prison, avec 5 ans de mise a disposition auprès du TAP. Tous les deux seront encore jugés en France et risquent donc d'autres peines qui viendront s'ajouter à cette condamnation. 

Dans un arrêt dont la lecture des motivations avait duré près d'une heure, jeudi dernier, la présidente de la Cour d'assises Laurence Massart avait confirmé que la thèse du complot plaidée par la défense "ne repose sur rien", sinon des "allégations" et des "déductions éparses". "L'existence d'un piège n'est pas crédible et doit être écartée", ont estimé les jurés.

En plus du caractère terroriste de l'attentat, et des connexions clairement démontrées entre djihadisme et grand banditisme, les jurés ont aussi retenu le caractère antisémite des faits. L’arrêt a établi que Medhi Nemmouche et Nacer Bendrer avaient "la volonté de nuire à la population belge en général et à la communauté juive en particulier portant gravement atteint à l’Etat belge".

Un jugement dont se sont félicités l'ensemble des avocats des parties civiles, dont Unia, qui s'était constitué partie civile en raison de l'intention antisémite de l'auteur des faits : « Le choix du lieu de cette attaque n’est pas le fruit du hasard, le caractère antisémite a été reconnu par les jurés », a réagi l'ex-Centre pour l'égalité des chances. « Lorsque des terroristes visent des Juifs ou des lieux symboliques de la judaïté -avant le Musée juif, pensons à l’attentat perpétré par Mohammed Merah- cela constitue une attaque directe contre l’ensemble de notre société et cela annonce souvent d’autres attentats », a insisté le directeur Patrick Charlier. « Nous avons tenu à ce que cet élément ne soit pas évacué des débats au profit de théories fumeuses et complotistes », a-t-il encore déclaré.

Si le verdict de culpabilité comme auteur de l'attentat du Musée juif de Belgique le 24 mai 2014 est sans surprise pour le principal accusé, il n'en est pas de même pour Nacer Bendrer, puisque le jury a été au-delà du réquisitoire des procureurs généraux qui le reconnaissaient "complice", et non "coauteur", avec un rôle jugé "accessoire" et "non important" dans les faits, soit la fourniture des armes qui ont servi à commettre l'attentat.

Comme depuis le début du procès, Mehdi Nemmouche est resté impassible à la lecture de l'arrêt, tandis que Nacer Bendrer disparaissait derrière la vitre, replié sur lui-même la tête entre les mains.

Me Hirsch avait souligné avant les délibérations que la décision des jurés serait "la réponse de nos démocraties au terrorisme". On peut supposer que la valeur d'exemple du jugement après ce procès hors norme aura probablement joué pour obtenir la peine maximale. Nous ne pouvons qu'en être satisfaits, en tout cas, soulagés. En espérant que cela permettra aux familles des quatre victimes, Emanuel et Myriam Riva, Dominique Sabrier et Alexandre Strens, d'enfin peut-être faire leur deuil et tenter de se reconstruire.

A la lecture de la peine par la présidente Laurence Massart, Mehdi Nemmouche a exprimé un dernier rictus, allant dans le même sens que sa dernière intervention "La vie continue", comme une dernière provocation à l'égard des familles des victimes. "La perpétuité lui va comme un gant", déclarera Daniel Strens, le frère d'Alexandre, abattu au Musée juif. 

"Il s'agit d'une victoire pour l'Etat de droit face à l'immonde", a estimé le Musée juif de Belgique dans un communiqué. "C'est un réel soulagement pour les proches des victimes, et également une victoire face aux théories du complot et à la haine, qui se sont fait entendre pendant ce procès". 

Les indemnisations des parties civiles seront fixées le 9 avril.


 
 

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