Soutenons un seul camp : celui de la paix

Vendredi 24 janvier 2003

 

Le Centre Communautaire Laïc Juif vit comme un perpétuel déchirement la tragédie du Proche-Orient. Nous ne pouvons nous résigner à laisser les deux peuples s'entraîner mutuellement dans une danse diabolique qui les mène tout droit vers l'autodestruction. Le terrorisme visant les civils israéliens ne permettra pas aux Palestiniens de concrétiser leur rêve d'indépendance nationale car aucune population au monde ne peut accepter de se laisser prendre pour cible indéfiniment sans exiger que ses gouvernants prennent des mesures répressives pour y mettre fin. En menaçant de mort tous les Israéliens, les attentats renforcent leur hostilité et leur intransigeance, plaçant tous leurs espoirs dans le recours à la force. Dans ce conflit asymétrique qui oppose un Etat constitué à une population occupée, il faut convaincre pour vaincre. Cela signifie donc que l'Autorité palestinienne se doit de prendre les mesures nécessaires pour restaurer la confiance de l'opinion publique israélienne dans la possibilité d'une paix avec les Palestiniens. Parmi ceux-ci, de nombreuses voix se sont élevés pour dénoncer l'inefficacité du terrorisme et la corruption morale qu'il génère. La répression militaire israélienne a atteint son point d'épuisement et ses résultats sont évidents : elle n'a ni éradiqué le terrorisme ni éliminé le terreau sur lequel il se développe. Au contraire, en détruisant les infrastructures de l'Autorité palestinienne et en frappant ses forces de sécurité, Israël élimine en fait les éléments palestiniens qu'il sollicitera pour maintenir l'ordre. L'anarchie la plus complète règne aujourd'hui dans les territoires palestiniens; il ne reste plus qu'une série de bandes locales disparates que plus personne ne contrôle. De fait, l'engrenage meurtrier du terrorisme et de la répression n'est pas un phénomène nouveau. Dans ses textes sur la guerre d'Algérie, Albert Camus plaidait contre le massacre des innocents dans les deux camps en dénonçant avec éloquence l'action terroriste et la répression qui sont deux forces purement négatives, vouées toutes deux à la destruction pure, sans autre avenir qu'un redoublement de fureur et de folie. Ceux qui font mine de l'ignorer ou qui exaltent l'un à l'exclusion de l'autre, ne parviennent qu'à resserrer le nœud où ce pays étouffe et nuisent pour finir à l'une ou à l'autre cause qu'ils veulent pourtant servir. D'une troublante actualité, cet appel écrit il y a presque cinquante ans doit inciter tous ceux qui veulent contribuer au règlement du conflit israélo-palestinien à soutenir les forces politiques parlementaires et extra-parlementaires du camp de la paix israélien qui ne cessent de réclamer la fin de l'occupation de la Cisjordanie et Gaza, le démantèlement des implantations et la reconnaissance d'un Etat palestinien aux côtés d'Israël. Seul ce camp est capable de proposer une orientation qui insufflera une dynamique nouvelle en raison des contacts qu'il a maintenu avec des personnalités palestiniennes modérées et des initiatives qu'ils ont lancées ensemble. Il est nécessaire que les sympathisants de la cause palestinienne s'interrogent sur la manière la plus efficace de venir en aide au peuple qu'ils soutiennent. Considérer indistinctement tous les Israéliens comme les ardents défenseurs d'une ligne dure à l'égard des Palestiniens et désigner avec obstination l'Etat d'Israël et son fondement idéologique, le sionisme, comme illégitimes revient à formuler des propos pernicieux qui nuisent gravement à la cause de la paix qu'ils prétendent défendre. Il en va de même lorsqu'il s'agit d'appuyer le droit au retour des réfugiés palestiniens en Israël. Cette revendication contient les germes de la fin d'un Etat juif. Ce type de soutien est inefficace et moralement condamnable. Il ne permet pas aux Palestiniens d'organiser une résistance à l'occupation qui leur apportera des résultats et il aboutit à justifier les exigences haineuses des groupes les plus fanatiques qui cherchent à détruire Israël par tous les moyens. Ne soyez pas plus extrémistes que nous, déclaraient il y a un an lors d'une rencontre à Bruxelles l'ancien ministre israélien de la justice Yossi Beilin et le ministre palestinien de la culture Yasser Abed Rabbo, tous deux membres de la Coalition israélo-palestinienne pour la paix. Cet appel lucide et courageux a le mérite de rappeler que le dialogue doit se poursuivre sans que chacun accuse l'autre d'être responsable de tous les malheurs pour qu'une collaboration fructueuse puisse s'établir quand un accord de paix sera conclu. En dépit des horreurs générées par le terrorisme et la répression, la coopération israélo-palestinienne, qui a certes diminué, n'a jamais cessé. Ainsi, dans le domaine scientifique, des médecins palestiniens effectuent des stages à l'hôpital universitaire Hadassah de Jérusalem. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, des palestiniens blessés par l'armée israélienne sont soignés dans cet hôpital. Dans le domaine universitaire, de nombreuses facultés organisent des séminaires destinés aux enseignants israéliens et palestiniens pour les former à préparer la jeunesse à la paix. Pourquoi certains ignorent avec tant d'ostentation ces efforts difficiles déployés par le monde scientifique israélien en appelant l'Union européenne à ne pas renouveler l'accord-cadre de coopération universitaire scientifique avec les universités israéliennes? En préconisant ce boycott, ces soi-disant amis de la paix ne font que sanctionner sévèrement des milieux qui se sont distingués par leur engagement dans le processus de paix et par le regard critique qu'ils portent sur la politique menée par les gouvernements israéliens qui se sont succédé. Cet appel au boycott intervient au moment même où les Israéliens vont se rendre aux urnes. Les universitaires israéliens visés par cette mesure odieuse voteront massivement pour les colombes du Parti travailliste et le Meretz, constituant le camp de la paix, qui ont clairement affiché leur volonté de mettre fin à l'occupation et de reprendre les négociations. Les Palestiniens favorables au dialogue savent mieux que quiconque que seul le Camp de la paix israélien est capable de prendre les mesures susceptibles de recréer un climat de confiance entre les deux parties. Dans ces conditions, il est inacceptable de tourner le dos à tous ces Israéliens qui apporteront un surcroît de puissance au camp de la paix. Pour notre part, nous continuerons à soutenir les hommes et les femmes de bonne volonté qui recherchent une solution qui prenne en considération les intérêts fondamentaux d'Israël et les droits historiques des Palestiniens.


 
 

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