Au CCLJ

Quand la Belgique internait des réfugiés juifs victimes du nazisme

Mardi 17 septembre 2019 par Véronique Lemberg

Le journaliste Michel Bouffioux a mené une enquête sur le centre d’internement de réfugiés juifs de Marneffe, où plusieurs centaines de Juifs allemands et autrichiens sont placés par les autorités belges entre 1939 et 1940. Dans une conférence qu’il donnera au CCLJ le mercredi 25 septembre 2019 à 20h, il reviendra sur cet épisode peu glorieux de l’histoire de Belgique.

 
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    Curieux destin que celui de ce château construit au 19e siècle à Marneffe. Avant de devenir un centre pénitentiaire pour mineurs après la Guerre, il a servi de 1939 à 1940 de centre d’internement de réfugiés juifs fuyant l’Allemagne et l’Autriche. Pas vraiment la vie de château. Suite à l’augmentation du nombre de réfugiés juifs fuyant le 3e Reich, les autorités belges réagissent en créant en 1938 des camps d’internement où ils sont assignés à résidence, même s’il s’agit plutôt d’un enfermement.

    Un premier centre est ouvert à Merksplas (Anvers). Suivront Marchin, Wortel, Hal et Marneffe. Pour le gouvernement belge, il convient de rendre invisibles les réfugiés juifs. Et le ministre de la Justice catholique Joseph Pholien et l’administrateur de la Sûreté publique Robert de Foy s’opposent à instituer l’accueil de réfugiés juifs. Pour ces deux hommes, il convient surtout de les surveiller, de les enfermer et de les expulser. « Les centres d’internements de réfugiés juifs créés à la fin des années 1930 en Belgique ne servirent pas qu’à contrôler, sous la sévère férule de la Sûreté publique, ces migrants qu’une majorité du monde politique de l’époque, contaminé par l’antisémitisme ambiant, jugeait indésirables », fait remarquer Michel Bouffioux.

    Privation de liberté

    Une fois internés à Marneffe, ces réfugiés juifs n’ont droit qu’au strict minimum. « Un toit, avec à la clé des gardiens relevant de l’administration pénitentiaire et une privation de liberté », énumère Michel Bouffioux. « Les vêtements, la nourriture, les soins médicaux sur place, les cours de formation en langue et l’apprentissage de différents métiers manuels pour entretenir l’espoir le plus souvent illusoire d’une émigration vers des cieux meilleurs, sont pris en charge par les réfugiés eux-mêmes, avec le soutien logistique et financier d’associations communautaires, tel le CAAVAA (Comité d’Aide et d’Assistance aux Victimes de l’Antisémitisme en Allemagne), qui, elles-mêmes, faisaient appel à la solidarité internationale ».

    Plusieurs centaines de personnes, des hommes, des femmes, des enfants ont été internés à Marneffe. Que sont-ils devenus une fois la Belgique occupée par les Allemands ? « Certains purent quitter le centre avant l’éclatement de la guerre : ceux qui avaient obtenu in extremis les autorisations pour émigrer vers les Etats-Unis et d’autres, plus rares encore, qui reçurent un avis favorable de la Sûreté pour s’inscrire dans une commune belge. Mais nombre d’entre eux n’échappèrent pas aux rafles, aux dénonciations et à la déportation depuis Malines », relate Michel Bouffioux.

    L’histoire de ce lieu aurait pu tomber à jamais dans l’oubli suite à la vente publique des biens des internés juifs organisée en 1962 ! Grâce à une psychologue du centre pénitentiaire qui a découvert par hasard les archives du centre d’internement des réfugiés juifs, tous ces documents ont été transférés aux archives de l’Etat où ils ont été classés. Des archives sur lesquelles des historiens comme Laurence Schram et Jean-Philippe Schreiber ont pu travailler. Ces derniers apporteront aussi leur éclairage sur ce lieu et cette période lors de cette soirée débat du 25 septembre 2019.


     
     

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