Conférence & débat

Mardi 26 Mai 2015 à 20:00

Raphaël Enthoven : " Marcel Proust ou l'art de réenchanter le monde "

Le CCLJ a le grand honneur d'accueillir Raphaël Enthoven, philosophe et écrivain. La rencontre sera animée par Emmanuelle Danblon autour du livre "Le dictionnaire amoureux de Marcel Proust" de Raphaël & Jean-Paul Enthoven (paru aux Editions PLON).

" Quelle attitude adopter face au désenchantement que nous éprouvons face au réel ? Nous enfermer dans l'aigreur et le repli, ou au contraire voir du merveilleux dans toutes choses, y compris les plus basses et les plus vulgaires ? Marcel proust propose, lui, une troisième voie : L'expression poétique...Elle seule prend la mesure du réel mais le transcende, elle seule peut faire coïncider le merveilleux et le monstrueux. Là est la vocation proustienne, être poète de la vie, devenir héros du réel."

Raphaël Enthoven est philosophe. Conseiller de la rédaction de "Philosophie Magazine", il anime l'émission LE Gai Savoir » (chaque dimanche, de 16h à 17h) sur France Culture et a écrit de nombreux ouvrages parmi lesquels le philosophe de service (2011-Gallimard) et " La dissertation de philo " (2011-Ed. Poche) ainsi que des CD tirés de l’émission « commentaires »" Kant, la tête dans les nuages " et " Sartre, la liberté dans tous ses états ".

Emmanuelle Danblon : Emmanuelle Danblon est professeur de Rhétorique à l’ULB.

Proust et l’art de ré-enchanter le monde ou l’héroïsme des poètes de la vie :

Quand j’étais étudiante, j’ai eu la chance d’avoir un cours entier sur Marcel Proust, donné par le Professeur David Mingelgrün. À la sortie de la séance qui décrivait la puissance magique de réminiscence contenue dans une madeleine et une tasse de thé, mon amie Françoise et moi nous nous sommes précipitées à la boulangerie puis à la maison pour réitérer l’expérience. Je crois que je n’ai pas besoin de décrire la déception qui a été la nôtre. Rien. Ni Combray, ni Swann, ni aucun pan de mur jaune. Le calme plat du réel qui se moquait bien de notre enthousiasme. Cette déception est la première expérience proustienne. Une expérience douloureuse qui a son corollaire, dans lequel se trouve le secret de toute poésie authentique. De ce désenchantement vécu avec sincérité, naîtra la décision de créer. Une attitude poétique devant la vie comme réponse éthique à l’idiotie du monde, lequel se moque bien de nos espoirs et de nos désespoirs. C’est là la quête du héros proustien.

Et c’est bien l’expérience que fait le narrateur de La Recherche. La Berma, célèbre cantatrice, n’est pas si fascinante de près, Albertine prisonnière se révèle ennuyeuse, et même les baisers de Maman n’ont pas le pouvoir magique de réveiller les morts. Ceci se nomme le réel. Quelle attitude adopter face à cela ? Certains se mettent au balcon de la vie et, comme le Renard de la fable, érigent leur ressentiment en vertu. « Ce monde est bien terne, disent-ils, nous ne le fréquenterons que du bout des lèvres ». Ce sont les zombies de la vie, armée nombreuse de la zone grise. D’autres choisissent le déni et s’obstinent à voir du merveilleux partout, jusqu’au cœur de la vulgarité. Ce sont les idiots utiles, compagnons de route des zombies. Et puis, il y a les poètes de la vie. Ceux qui ont le courage de garder les yeux ouverts sur le réel. Ceux qui comprennent que, par ce courage, leur cœur trouve la force de s’ouvrir encore. Ils ont trouvé le point d’appui de l’humanité et vérifient la parole prophétique de Nietzsche : Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité. Ceux-là sont les proustiens, poètes de la vie, héros du réel. Ceux-là savent que le merveilleux n’a de sens qu’avec l’ombre portée du monstrueux sur lui. Nietzsche l’a dit, Proust l’a fait. La Recherche du temps Perdu est une spirale de vie qui vient se déposer au creux de tous nos sens, si nous consentons à les fréquenter. (Emmanuelle Danblon).

Podcast: 

En savoir plus

Informations

Où : CCLJ - Possibilité de prendre un repas dès 18h45

Quand : Mardi 26 Mai 2015 à 20:00

Contact : 02/543.02.70 ou [email protected]